Mali : la dengue gagne du terrain avec l’arrivée de nouvelles lignées virales

Une étude menée sur 2 022 patients au Mali révèle une forte circulation de la dengue et la présence simultanée de trois sérotypes. Les analyses génétiques mettent surtout en évidence des lignées virales ayant circulé dans plusieurs pays voisins.

Virus de la dengue © stock.adobe.com

À Bamako, une fièvre accompagnée de maux de tête, de fatigue ou de douleurs musculaires évoque souvent, presque instinctivement, le paludisme et parfois la fièvre typhoïde. Mais derrière ces symptômes bien connus peut se cacher une autre maladie qui gagne du terrain : la dengue.

Une étude Piloté par le Prof Ousmane Koïta du Laboratoire de Biologie Moléculaire Appliquée (LBMA) et publiée le 8 juillet 2026 dans la revue scientifique PLOS Neglected Tropical Diseases révèle une circulation importante du virus au Mali. Sur 1 812 patients souffrant de fièvre aiguë étudiés entre 2023 et 2024, 535 étaient positifs à la dengue, soit 29,5 %. À titre de comparaison, 16 cas avaient été détectés sur 210 patients analysés entre 2016 et 2022.

« Nos résultats confirment la menace posée par les infections à arbovirus au Mali », écrivent les chercheurs, qui alertent plus particulièrement sur « le poids croissant de la dengue sur la santé publique ». Les arbovirus sont des virus transmis par des insectes ou acariens, notamment les moustiques dans le cas de la dengue.

Le signal est d’autant plus important que trois sérotypes ont été identifiés : DENV-1, DENV-2 et DENV-3. Il ne s’agit toutefois pas de trois nouvelles formes du virus apparues au Mali. Ces sérotypes étaient déjà connus. La nouveauté est que les analyses génétiques ont montré que ces principales lignées virales en circulation sont apparues après 2020.

En comparant les virus détectés au Mali à ceux recensés ailleurs, les chercheurs ont mis en évidence plusieurs liens avec la sous-région. La majorité des séquences de DENV-1 étudiées étaient proches de virus détectés en Côte d’Ivoire et au Sénégal. Pour DENV-2, les séquences de 2024 formaient un groupe majeur lié à trois séquences de Côte d’Ivoire. Quant à DENV-3, la plupart étaient regroupées avec des virus provenant notamment du Burkina Faso, du Bénin, de la Côte d’Ivoire et du Sénégal.

« Les infections étaient causées par des souches virales provenant de pays voisins où des virus similaires avaient circulé ces dernières années », explique Lassina Doumbia, chercheur au LBMA, et coauteur de l’étude.

Toutefois, l’étude ne permet pas à elle seule, de retracer le chemin exact suivi par chaque virus jusqu’au Mali ni de désigner un pays d’origine unique.

En 2023, DENV-1 et DENV-3 dominaient parmi les cas dont le sérotype avait été déterminé. En 2024, DENV-2 est devenu majoritaire. « Cette co-circulation de plusieurs formes du virus mérite une surveillance étroite », interpelle les chercheurs. En effet, selon l’Organisation mondiale de la Santé, une infection par un sérotype protège durablement surtout contre ce même sérotype, tandis qu’une infection ultérieure par un autre peut augmenter le risque de dengue sévère.

Dans l’étude dirigée par Pr Ousmane Koïta, six patients présentaient des antécédents de symptômes hémorragiques, mais seuls trois étaient positifs à la dengue. Aucun décès ni transfert en soins intensifs n’a été enregistré. Chez les patients atteints de dengue, les symptômes les plus fréquents étaient les maux de tête, la grande fatigue ainsi que les douleurs articulaires, musculaires et dorsales.

Cette proximité avec d’autres maladies fébriles comme le paludisme peut compliquer le diagnostic. Pour preuve, dans les zones étudiées, 535 patients étaient positifs à la dengue contre 71 au paludisme, dont 15 présentaient les deux infections. Les auteurs estiment que cette situation remet en question l’idée selon laquelle le paludisme serait la principale cause des fièvres aiguës non expliquées en Afrique subsaharienne. De plus, l’étude démontre que chez les adultes de plus de 18 ans, la dengue est désormais plus fréquente que le paludisme.

Ces résultats ne décrivent cependant pas toute la population malienne. Car, plus de 90 % des patients du volet 2023-2024 résidaient à Bamako.

Mais à mesure que les moustiques circulent et que les virus franchissent les frontières, la prochaine bataille ne sera pas seulement de compter les cas, mais de reconnaître la maladie assez tôt pour éviter qu’elle continue à circuler à bas bruit.

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Cet article a été écrit par Mardochée BOLI. 

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