Cormac Cullinan ne mâche pas ses mots. Le cofondateur de l’Alliance mondiale pour le droit de la nature dresse un constat sévère : l’humanité persiste dans un modèle de consommation aveugle. « Elle (l’humanité ndrl) agit comme une chenille sur une feuille, incapable de voir qu’un changement transformateur est indispensable », a-t-il martelé devant une assemblée de chercheurs et de reporters. Selon lui, notre système juridique actuel perpétue un « apartheid écologique » hérité de l’Enlightenment, où la nature est réduite à une simple propriété à exploiter.
L’Enlightenment (ou siècle des Lumières) est un mouvement intellectuel, philosophique et culturel européen majeur du XVIIIe siècle. Il prône l’usage de la raison, la science et l’esprit critique pour lutter contre l’obscurantisme, la superstition et l’absolutisme, visant à apporter le progrès, la liberté et le bonheur à l’humanité.
Pour contrer cette dérive, l’expert propose d’adopter l’Earth Jurisprudence. Dans cette philosophie qu’il a théorisée dans son ouvrage Wild Law (publié en 2002), la Terre devient le législateur primaire. Ce changement de paradigme implique que tout être vivant possède le droit intrinsèque d’exister et de remplir son rôle écologique au sein de la communauté terrestre. « Il faut réimaginer la loi de manière écocentrique, en plaçant la Terre et l’ensemble de ses êtres vivants au centre de nos systèmes juridiques », affirme-t-il.
Cette vision trouve déjà des applications concrètes, notamment avec l’Alliance Antarctique. Ce projet vise à offrir une voix juridique aux régions polaires, essentielles à la régulation climatique, en les traitant comme des communautés vivantes plutôt que comme des réservoirs de ressources. Pour Cullinan, le monde doit enfin être perçu comme une « communauté de sujets, et non une collection d’objets ».
Que faire ?
Le journaliste scientifique a un rôle crucial à jouer dans cette transition. Cullinan l’invite à sortir de sa neutralité passive pour devenir un acteur conscient de la justice restaurative. En posant la question fondamentale — « Qui parle pour la Terre ? » — le média devient le vecteur d’une responsabilité partagée envers l’ensemble de la communauté de vie. Le message est clair : la science et le droit doivent s’unir pour rétablir l’équilibre de la biosphère avant qu’il ne soit trop tard.
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Cet article a été écrit par Ruth Kutemba et validé pour publication par Mardochée Boli, directeur de publication de Sciences de chez Nous.
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