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OPPORTUNITÉ

Connaître les serpents pour mieux soigner leurs morsures

Jean-François Trape, médecin parasitologiste et ancien directeur de recherche à l’Institut de recherche pour le développement (IRD) a récemment publié le « Guide des serpents d’Afrique occidentale, centrale et d’Afrique du Nord ».

C’est un inventaire qui recense des centaines d’espèces de serpents dans ces trois régions du continent. Selon l’auteur, on peut ainsi distinguer huit grandes familles de serpents regroupant au total 370 espèces dans ces régions.

« Deux familles comportent une majorité d’espèces très dangereuses, ce sont les vipéridés et les élapidés, avec une quarantaine d’espèces dont la morsure est souvent mortelle », explique Jean-François Trape à SciDev.Net.

“En cas de morsure par une espèce hautement venimeuse, l’administration d’un antivenin est souvent la seule chance de survie. Là où ils sont disponibles – et il faudrait qu’ils soient disponibles dans tous les centres de santé – il est important de bien les utiliser”

Jean-François Trape, IRD

Dans ces deux familles, l’on retrouve des serpents comme la vipère, le crotale, le cobra, le mamba, etc.

En outre, ajoute le chercheur, il y a les couleuvres qui sont réparties en deux grandes familles comprenant environ 230 espèces dont moins d’une dizaine sont connues pour avoir occasionné un décès.

Enfin, apprend-on, les autres familles regroupent des serpents « qui sont strictement inoffensives, à l’exception des très grands pythons qui peuvent exceptionnellement s’attaquer à des enfants, surtout au bord de leau », précise-t-il.

L’idée de publier ce guide est née de l’inexistence de travaux de synthèse à jour pour cette partie de l’Afrique, affirme Jean François Trape.

« Ceux disponibles étaient anciens ou très incomplets, omettant par exemple des familles entières de serpents ainsi que l’essentiel des acquisitions nouvelles de ces 20 dernières années qui ont vu la découverte d’une cinquantaine d’espèces de serpents jusqu’à présent inconnues ainsi que des progrès majeurs dans la connaissance de la répartition géographique des espèces déjà connues », dit-il.

Enfin, poursuit le passionné de serpents, « en 40 ans de travail de terrain dans la plupart des 30 pays couverts par ce guide, j’ai pu photographier personnellement ou obtenir des photographies de très bonne qualité de la quasi-totalité des espèces connues. Ce qui, pour la première fois permet d’illustrer intégralement un guide des serpents de cette partie de l’Afrique », confie-t-il.

Mythe

Les reptiles et les serpents en particulier jouent un rôle important dans l’écosystème, notamment le maintien de l’équilibre, souligne Fallou Gueye, herpétologue et responsable du reptilarium au sein du parc forestier de Hann, au Sénégal.

« S’il n’y avait pas de serpents, par exemple, les rongeurs évolueraient pour détruire les cultures. D’une part, il y a des animaux qu’on mange, et d’autre part, il y a des animaux qui nous protègent contre ceux qui peuvent détruire les cultures, tels que les souris, les écureuils, les rats, les rats palmistes…», assure l’herpétologue.

« La nuit, ces animaux nocturnes sortent et il y a des serpents qui, des fois les attaquent. Chaque animal à sa place dans le monde, mais ce sont les serpents qui peuvent régulariser la naissance des rongeurs », soutient ce spécialiste des reptiles.

Toutefois, les serpents inspirent la peur et sont perçus négativement par les populations. C’est à juste titre, car « les gens ont vu que le venin de serpents fait beaucoup de dégâts », déclare Fallou Ngueye.

A l’exemple du reptilarium, il pense que le guide écrit par Jean François Trape peut permettre de mieux connaître les serpents.

« Quand on les connaît, on peut éviter leurs morsures. On doit savoir comment se comporter lorsqu’on les rencontre, comment se comporter en cas de morsure, connaître leurs sites, comment ils se cachent…Comme ça, les morsures seront moins nombreuses », affirme-t-il.

Allant dans le même sens, Jean François Trape pense que savoir immédiatement reconnaître une espèce potentiellement mortelle est essentiel, « en particulier en cas de morsure, et connaître les autres espèces de sa région est également important, ne serait-ce que pour ne pas prendre peur inutilement à chaque rencontre, la majorité des serpents étant inoffensifs », dit-il.

David Makongo, président de la Cameroon reptiles and ecosystems valorisation society (CREVS), déclare que l’ouvrage « est intéressant parce que les serpents constituent un mythe pour les populations africaines ».

A l’en croire, on a en idée qu’au contact de tout serpent, il faut le tuer et que tout serpent est venimeux. « Il y a donc une problématique de sensibilisation, d’éducation et de formation des populations sur la distinction des différents types de serpents, en fonction des environnements qu’il faudrait faire », soutient le spécialiste des crocodiles.

« Il faut éduquer les enfants en bas âge qui, en grandissant, auront des informations sur la nature des serpents, les types, les formes et les modes d’action. Cela leur permettrait de percevoir autrement la question des reptiles », ajoute-t-il.

Une meilleure connaissance des différentes espèces de serpents et leur mode d’action permettrait à long terme de « démystifier l’animal qu’est le serpent et de réduire la peur qu’éprouvent de nombreuses personnes à la vue de serpents », commente David Makongo.

Antivenin

Selon une étude publiée en 2017 dans la revue Nature, plus de 32 000 personnes trouvent la mort chaque année en Afrique subsaharienne à la suite de morsures de serpent. Ces décès étant causés par un manque d’antivenins.

Ce manque d’antivenins sur le continent est un problème majeur, indique Jean François Trape. Il rappelle que leur coût reste encore beaucoup trop élevé bien qu’il ait diminué avec les nouveaux antivenins produits ces dix dernières années.

« En cas de morsure par une espèce hautement venimeuse, l’administration d’un antivenin est souvent la seule chance de survie. Là où ils sont disponibles – et il faudrait qu’ils soient disponibles dans tous les centres de santé – il est important de bien les utiliser, c’est-à-dire seulement en présence de signes de gravité menaçant la vie du patient, mais alors à dose suffisante, ce qui implique souvent de répéter l’administration de l’antivenin », précise-t-il.

« J’ai vu des ampoules d’antivenin inoculées à des patients mordus par des couleuvres non venimeuses, alors qu’une deuxième ampoule était refusée à des patients qui allaient mourir sans une ou deux doses supplémentaires d’antivenin. Un volet de formation des infirmiers doit accompagner la mise à disposition d’antivenins », préconise-t-il.

Pour le chercheur, son ouvrage complète les documents de référence nécessaires à l’amélioration de la prise en charge des personnes victimes de morsure de serpents en Afrique.

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 SDCN avec SciDev.net

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