En 1997, le barrage de Taabo, situé au sud de Yamoussoukro, fêtait sa majorité. En 18 ans d’existence, l’ouvrage avait déjà entraîné dans son sillage une augmentation de la prévalence de bilharziose, passée de 0% à 73% dans la population environnante. En 2022, 23 personnes sur 100 dans la région étaient encore infectés par le ver Schistosoma mansoni, responsable de la maladie.
Au centre de santé local, l’alerte est permanente et les infections parasitaires grimpent en flèche. Un agent de santé de la zone confie : « Nous enregistrons en moyenne deux cas de bilharziose par mois. »
La cause de ce fléau est purement écologique. Dès 1983, les chercheurs ont tiré la sonnette d’alarme. Le barrage a profondément modifié l’habitat naturel du fleuve. De nouveaux escargots d’eau douce avaient déjà envahi les rives. Ce sont eux qui servent de réservoirs aux schistosomes, les parasites responsables de la bilharziose. En 2021, de nouvelles données prouvent que ces escargots prolifèrent et exposent les habitants au danger presque huit mois par an.
Le contraste avec les promesses initiales est saisissant. Érigé sur 7 500 mètres de crête, avec une capacité de 630 millions de mètres cubes, le barrage de Taabo symbolisait la modernité absolue.
« La construction du barrage a permis d’accroître l’approvisionnement en énergie en renforçant le développement industriel et la production nationale », rappelle le Dr Tano N’Krumah, chercheur associé au Centre Suisse de Recherches Scientifiques en Côte d’Ivoire (CSRS).
Pourtant, la réalité quotidienne a dramatiquement basculé pour les communautés locales. Konan Eric, pêcheur et agent de sécurité, résume l’amertume générale de ce village autrefois appelé le village des 100 tas d’or : « Avant, nous avions beaucoup plus de poissons et de revenus. Aujourd’hui, il faut chercher de petits alevins pour nourrir nos familles. Les maladies comme la bilharziose ou l’ulcère de buruli nous fatiguent ».
L’assainissement, la véritable urgence
Face à l’urgence, les autorités distribuent massivement du praziquantel. Ce traitement recommandé par l’Organisation mondiale de la santé (OMS) est administré tous les six mois. Une action curative vitale, mais hélas insuffisante. Soigner les symptômes ne stoppe pas la transmission. L’absence d’assainissement adéquat et le faible accès à l’eau potable condamnent les riverains à une réinfection perpétuelle.
Pour endiguer ce mal endémique, la stratégie doit impérativement devenir globale et inclure la surveillance continue des cours d’eau selon le Professeur Bassirou Bonfoh, Directeur d’Afrique One au CSRS. L’expert plaide pour une anticipation scientifique systématique : « vu que la science a prouvé que les barrages peuvent engendrer des maladies, il serait bien en prélude à la construction des barrages, de faire des études d’impact environnementales et sanitaires et de prendre des mesures pour protéger la santé des populations ».
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Cet article a été écrit par Kouassi Ambroise, Koné Aïcha, Touré Marlène, N’Goran Jeanne et édité par Mardochée Boli, directeur de publication de Sciences de chez Nous.
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