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Que se passe-t-il dans le corps après un jeûne prolongé ?

Une nouvelle étude offre une vision de ce qu'il se passe dans notre corps, notamment au niveau des protéines lorsque nous effectuons un jeûne prolongé d’au moins 7 jours. Ces travaux sont intéressants pour comprendre les conséquences positives et négatives du jeûne sur la santé.

Le jeûne est pratiqué dans le monde par des millions de personnes, que ce soit pour des raisons de santé ou pour des pratiques culturelles et religieuses. Cependant, il est parfois difficile de connaître les conséquences de cette pratique sur notre corps. C’est pour cette raison qu’une équipe a voulu mener une nouvelle étude. Grâce à des outils moléculaires, les scientifiques ont analysé ce qu’il se passe dans notre corps après une restriction alimentaire de 7 jours. Ils ont ainsi pu démontrer certains bienfaits de cette pratique. Les résultats ont été publiés dans la revue Nature Metabolism.

 

 

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Le jeûne, de quoi parle-t-on ?

Le jeûne est une pratique très ancienne. Étymologiquement, le mot vient du verbe latin « jejunare » qui signifie « faire abstinence ». Historiquement, cela ne concernait donc pas seulement la nourriture, mais une vraie privation de toute réjouissance. Aujourd’hui, quand on parle de jeûne, on parle principalement de limitation ou privation volontaire de nourriture.

Cette pratique est ancestrale. Elle a été utilisée par de nombreuses cultures et populations à travers le monde et l’histoire. Ainsi, dans la Grèce Antique, le jeûne devait principalement servir à préparer le corps des athlètes en vue des jeux olympiques. On le pratiquait également pour développer l’intelligence et la croyance.
D’autres peuples utilisaient également ce moyen à but thérapeutique et spirituel. C’est notamment le cas des populations de la Chine ancienne, de la Sibérie, des Amérindiens ou encore des Celtes.

Quelques siècles plus tard, ce sont les religions monothéistes qui se sont mises à pratiquer cet usage. Les jeûnes annuels devenaient alors souvent obligatoires pour les fidèles. C’est notamment le cas du célèbre Ramadan chez les musulmans, du Carême chez les catholiques et du Yom Kippour chez les juifs.
Aujourd’hui, ces pratiques religieuses ont perdu une certaine valeur et se sont assouplies. On s’abstient surtout de viande le vendredi chez les catholiques et on a le droit de manger après le coucher du soleil chez les musulmans.

Actuellement, c’est principalement dans le domaine de la santé que revient la pratique du jeûne. On vante de plus en plus ses bénéfices, en particulier pour la perte de poids.
On trouve alors plusieurs manières de le pratiquer. Le jeûne complet n’autorise que de l’eau. Le jeûne partiel autorise un apport très modeste de calories (environ 300 kcal/jour), le jeûne continu doit se faire sur au moins 3 jours et le jeûne intermittent consiste en une alternance entre une forte restriction et une prise normale ou modérément réduite d’aliments. Ce jeûne peut se pratiquer sur la journée ou la semaine.
En revanche, en France, contrairement à d’autres pays d’Europe, le jeûne à visée préventive ou thérapeutique ne s’utilise pas dans un cadre médicalisé. En effet, bien que jeûner semble induire des modifications métaboliques qui pourraient être intéressantes, il n’y a pas encore assez d’études scientifiques rigoureuses pour conclure à une véritable efficacité thérapeutique.

Est-ce bon pour la santé de jeûner ?

On entend et on lit beaucoup de bienfaits pour la santé en ce qui concerne le jeûne. Il permettrait ainsi de perdre du poids, de nettoyer le corps, de retarder le vieillissement, de lutter contre le cancer… Qu’en est-il réellement ?

Le jeûne intermittent est très plébiscité actuellement. Plusieurs études s’y sont donc intéressées. La plupart ont ainsi montré que chez des volontaires en bonne santé, cette restriction alimentaire avait effectivement des intérêts à court terme. Elle permettait notamment de diminuer le poids corporel, le taux de cholestérol et la glycémie sanguine.
Cependant, dès que les personnes reprenaient une alimentation « normale », elle retrouvait souvent leur corps d’avant. Par ailleurs, cette privation conduit essentiellement à une perte de masse musculaire. Or, lors de la reprise de l’alimentation « normale », c’est surtout la masse graisseuse que les personnes reprennent.

Multiplier le jeûne intermittent risque donc d’entraîner une perte importante de masse musculaire. À l’opposé, il y aura un gain de graisse. À long terme, cela augmente les risques de diabète de type de 2 et de maladies cardiovasculaires.
De même, des études auraient effectivement montré l’intérêt du jeûne dans les traitements anticancéreux chez les animaux. En revanche, les scientifiques n’ont pas confirmé cela chez l’humain.

Les professionnels de santé conseillent donc fortement de n’effectuer des jeûnes importants (avec absence ou faible apport calorique journalier) qu’au sein d’une structure médicalisée.
Des recherches supplémentaires sont nécessaires pour bien comprendre cette pratique. C’est dans ce contexte que s’inscrit cette nouvelle étude impliquant plusieurs universités et structures d’Europe.

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Une étude pour mieux comprendre ce qu’il se passe dans le corps en cas de restrictions alimentaires

Il se passe beaucoup de choses dans notre corps lorsque l’on jeûne. Ce dernier change alors de source et de type d’énergie. En l’absence de calories consommées, il utilise ses propres réserves de graisse. Cependant, au-delà de ce changement dans les sources d’énergie, on sait peu de choses sur la façon dont le corps réagit à des périodes longues de jeûne.

Dans cette étude, les scientifiques ont utilisé de nouvelles techniques moléculaires. Elles leur permettent de mesurer des milliers de protéines circulant dans notre sang. Ceci offre alors la possibilité d’étudier systématiquement et en détail les adaptations moléculaire au jeûne chez l’humain.
Les chercheurs ont ainsi suivi 12 volontaires (hommes et femmes) en bonne santé. Tous ont participé à un jeûne de 7 jours où ils ne pouvaient consommer que de l’eau.

Les volontaires étaient étroitement surveillés. Les scientifiques ont ainsi pu enregistrer quotidiennement les changements dans les niveaux d’environ 3 000 protéines dans leur sang avant, pendant et après le jeûne.
Le but est d’identifier les protéines impliquées dans la réponse de l’organisme. Cette information, couplée avec des informations génétiques issues d’études à grande échelle, permettrait aux chercheurs de prédire les conséquences potentielles de la restriction alimentaire prolongée sur la santé.

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Des modifications après 3 jours de jeûne

Chez les 12 volontaires, les scientifiques ont bien observé le changement de source d’énergie par le corps. Ce dernier survient au cours des deux ou trois premiers jours de jeûne. Pendant cette période, les personnes ont perdu en moyenne 5,7 kg de masse graisseuse et musculaire. Après 3 jours, en revanche, le poids est resté stable.

Les chercheurs ont également observé pour la première fois que le corps subissait des changements distincts dans les niveaux de protéines après 3 jours de jeûne. Il y a donc une réponse de l’ensemble du corps à cette privation de nourriture. En effet, c’est globalement 1 protéine sur 3 qui a changé de manière significative dans tous les principaux organes.
Ces modifications ne concernaient pas seulement le poids. On en retrouvait aussi dans des protéines constituant la structure de soutien des neurones dans le cerveau. Certains effets bénéfiques ont été constatés pour des protéines impliquées dans la polyarthrite rhumatoïde et dans les maladies cardiaques. En revanche, des effets indésirables ont aussi été mis en évidence avec d’autres protéines.

Comme l’explique Claudia Langenberg, co-auteure de l’étude, les résultats « fournissent des preuves des bienfaits du jeûne pour la santé au-delà de la perte de poids. Cependant, ils ne sont visibles qu’après 3 jours de restriction calorique totale. C’est finalement plus tard que ce que nous pensions auparavant ».
Cependant, même si elle peut être bénéfique, cette pratique ne peut pas souvent être une option pour les patients souffrant de problèmes de santé. Cette étude offre en revanche une base à certaines connaissances séculaires. Elle fournit des informations, en particulier sur les raisons pour lesquelles le jeûne est bénéfique dans certains cas. On pourra ensuite les utiliser pour peut-être développer de nouveaux traitements.

 

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Cet article a été premièrement publié par  Science-et-vie et repris sur Sciences de chez nous. 

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