Santé : Ce pagne qui protège les nourrissons contre le paludisme 

Une étude publiée en septembre 2025 dans le New England Journal of Medicine a montré que l’utilisation des pagnes traités avec un insecticide peu coûteux peut réduire fortement les cas de paludisme chez les bébés.

De l’Afrique à l’Amérique latine en passant par l’Asie, les bébés sont portés dans des pagnes attachés au dos de leur mère depuis des siècles. Désormais, cette pratique ancestrale pourrait devenir un outil salvateur dans la lutte contre le paludisme, selon une enquête publiée par The Guardian.

Des chercheurs en Ouganda ont découvert que le traitement de ces tissus avec l’insecticide perméthrine réduisait de deux tiers le taux de paludisme chez les bébés qui étaient portés dans ces pagnes.

Le paludisme tue plus de 600 000 personnes par an, dont la plupart sont des enfants de moins de cinq ans en Afrique.

Pour s’attaquer à ce problème, des chercheurs ont sélectionné, à  Kasese, à l’ouest de l’Ouganda, un groupe de quatre cents mères avec leurs bébés d’environ six mois. Puis, ils ont divisé le groupe en deux parties égales. La première moitié a reçu un pagne local appelé lesu, traité avec la perméthrine, un insecticide couramment utilisé dans les moustiquaires. L’autre moitié a utilisé un pagne trempé dans l’eau, pour servir de comparaison.

Résultats

Pendant six mois, les chercheurs ont observé ces mères en renouvelant le traitement des tissus chaque mois. Résultat : les bébés portés dans les pagnes traités avaient deux fois moins de risques d’attraper le paludisme, environ 0,73 cas sur 100 bébés chaque semaine, contre 2,1 cas pour les pagnes non traités .

« J’ai eu cinq enfants », a déclaré une mère ayant participé à l’étude. « C’est le premier que je porte dans un lesu (pagne) traité, et c’est la première fois que l’un de mes enfants n’attrape pas le paludisme. » 

Interrogé, le professeur Edgar Mugema Mulogo, co-responsable de l’étude, a décrit un « enthousiasme débordant ». « Nous nous doutions qu’il y aurait un bénéfice, mais son ampleur était tout à fait exceptionnelle », a-t-il déclaré.

Pr Edgar Mugema Mulogo

Son collègue américain, le docteur Ross Boyce, de l’Université de Caroline du Nord, a été si surpris par les résultats qu’il a d’abord suggéré de refaire les expériences pour les vérifier. « Pour être honnête, je n’étais pas sûr que ça marcherait, mais c’est justement pour ça qu’on fait des études. »

Ce que ça change réellement

Les moustiques porteurs du paludisme piquent souvent la nuit, d’où l’importance des moustiquaires imprégnées d’insecticides. Mais certaines espèces ont changé leurs habitudes et attaquent désormais tôt le matin ou en soirée, quand les gens sont dehors.

Dans les villages où l’on mange souvent en plein air et où les mères portent leurs bébés dans des tissus, ces pagnes traités à la perméthrine pourraient désormais apporter une protection précieuse.

Les chercheurs ont mené cette étude en collaboration avec les autorités sanitaires ougandaises ainsi que les experts de la lutte contre le paludisme à l’Organisation mondiale de la Santé (OMS). L’utilisation de pagnes imprégnés de perméthrine pourrait désormais constituer une protection complémentaire pour les nourrissons, dont l’immunité transmise par leur mère diminue rapidement, parfois avant même qu’ils ne puissent être vaccinés.

En effet, l’étude ne part pas de zéro. Des recherches menées auparavant dans des camps de réfugiés afghans avaient déjà montré que des vêtements traités à la perméthrine peuvent réduire les infections palustres. D’ailleurs, l’OMS reconnaît déjà l’intérêt des vêtements imprégnés de perméthrine comme moyen de protection individuelle contre le paludisme.

Sécurité et avenir

Crédit photo: Hello Tribu

La perméthrine est utilisée depuis longtemps sur les textiles, notamment par l’armée américaine. Lors de l’étude, certains bébés ont eu de légères plaques rouges sur la peau (8,5 % contre 6 % pour le groupe normal), mais aucune n’était suffisamment grave pour justifier un retrait de l’étude. 

Selon les chercheurs, «les bénéfices dépassent largement les risques », cependant « des recherches supplémentaires seront nécessaires pour confirmer l’innocuité de cette intervention ».

Les chercheurs rêvent maintenant de voir cette idée toute simple prendre vie à grande échelle en Ouganda. Pour eux, ce serait bien plus qu’un geste scientifique, ce serait une nouvelle manière de protéger les bébés contre le paludisme, tout en donnant un coup de pouce à l’économie locale.

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Cet article a été écrit par  Mardochée Boli  pour Sciences de chez Nous.

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