L’exposition au glyphosate a un impact négatif sur la santé périnatale
Le glyphosate est souvent combiné aux Organismes génétiquement modifiés (OGM), pour améliorer la productivité agricole. Une récente étude mettant en avant le potentiel de cette technologie, révèle que l’association des semences génétiquement modifiées et du glyphosate a introduit un ensemble complexe d’effets en matière de santé, avec une grande incertitude quant à l’effet total. L’étude, réalisée par deux chercheurs de l’université d’Oregon, aux Etats-Unis, a été publiée dans la revue PNAS.
Le but des auteurs était double : prouver l’existence des statistiques sur la nuisance du glyphosate à la santé infantile et voir si l’introduction des semences OGM – et l’augmentation du glyphosate et la diminution des autres pesticides – a amélioré ou dégradé la santé infantile.
Pour les vérifier, les deux chercheurs ont utilisé la variation spatio-temporelle de l’adoption des cultures génétiquement modifiées pour quantifier le signe et l’ampleur de l’externalité sur la santé humaine, qui a résulté de l’adoption généralisée des cultures génétiquement modifiées et de l’augmentation rapide du glyphosate.

Réduction du poids moyen de 30 grammes
« Nous constatons que l’exposition à la concentration moyenne de glyphosate a réduit le poids moyen à la naissance, en milieu rural, aux États-Unis, de 30 grammes et la durée de la gestation de 1,5 jour. Le 90e centile d’exposition est trois fois plus élevé, ce qui implique une réduction de 90 grammes pour 10 % des nourrissons exposés à la plus forte intensité de glyphosate », a expliqué Edward Rubin, professeur assistant en économie, co-auteure de l’étude.
« Nous constatons également que les nourrissons ayant le plus faible poids de naissance attendu présentent des effets nettement plus importants que les nourrissons ayant un poids de naissance attendu plus élevé. Par exemple, les nourrissons, dont le poids de naissance est compris dans les 10 % les plus bas du poids attendu, ont un poids de naissance réduit de 60 fois plus que les nourrissons, dont le poids attendu est le plus élevé », ajoute Rubin.
« Notre étude est la première à documenter ces effets sur la santé aux États-Unis. Je pense que cela est important pour plusieurs raisons : l’intensité du glyphosate aux États-Unis est, en moyenne, inférieure à celle étudiée au Brésil et en Colombie ; les soins de santé diffèrent considérablement selon les contextes; l’EPA (Agence de régulation environnementale [Ndlr]) américaine déclare qu’il n’y a « aucun risque, préoccupant pour la santé humaine, lié aux utilisations actuelles du glyphosate », précise-t-il.
Les auteurs de l’étude indiquent l’introduction des semences génétiquement modifiées et du glyphosate a réduit de manière significative le poids moyen à la naissance et la durée de la gestation.
Selon eux, les effets sur l’ensemble de la distribution des poids de naissance indiquent que ce sont les naissances de faible poids attendues qui ont subi les réductions les plus importantes. « L’effet du glyphosate sur le poids des naissances, dans le décile inférieur, est 12 fois plus important que dans le décile supérieur. L’ensemble de ces estimations suggère que l’exposition au glyphosate a entraîné des coûts de santé non documentés et inégaux, pour les communautés rurales américaines, au cours des 20 dernières années », écrivent-ils dans leur étude.
Dr Mamadou Badiaga est enseignant-chercheur à l’Institut des sciences appliques (ISA), à l’université des sciences techniques et des technologies de Bamako (USTTB), au Mali. Ce spécialiste en chimie organique et substances naturelles, n’a pas contribué à l’étude, mais reconnaît que le glyphosate, encore appelé Roundup, est utilisé comme herbicide dans des exploitations agricoles en Afrique.
« En 2016, lorsque j’étais dans un complexe agro-industriel, à chaque fois qu’on utilisait le glyphosate, le lendemain, on trouvait que le poisson flottait sur l’eau du canal qui était à côté de l’exploitation. Sa toxicité est accrue, selon que vous l’inhalez ou l’absorbez par voie orale ; il peut provoquer des troubles pulmonaires, des picotements aux yeux. (…). En tant que chimiste, je sais que c’est un acide organique », dit-il à Mongabay. « Généralement, nous savons que les herbicides, compte tenu de leur concentration, diminuent les capacités cognitives des enfants. Beaucoup d’enfants autistes dans les milieux ruraux en sont des victimes », ajoute-t-il.
D’après Georges Yannick Fangue-Yapseu et Marina Mouliom du département de biochimie de l’université de Yaoundé I (Cameroun), et Romaric Mouafo, enseignant au département de biologie de l’université de Sherbrooke (Canada), auteurs de travaux sur les pesticides en agriculture maraîchère au Cameroun, bien que tous les pesticides soient dangereux, personne ne peut dire aujourd’hui quel est le véritable impact de cette molécule sur la santé humaine.
Selon Aline Magny, gérante d’un magasin de vente des intrants agricoles dans le quatrième arrondissement de Yaoundé, le Roundup est très sollicité par les agriculteurs depuis la fin du mois de février (période correspondant au début de la campagne agricole). « Ce produit nous aide à lutter contre la chaume, une herbe difficile à dessoucher simplement avec les machettes et les houes », a dit Chrysostome Mengué, agriculteur à Elat Minkom, un village situé à une heure de route de Yaoundé.
Mener des études très poussées dans les pays africains
Dr Badiaga regrette le fait que tout ce qui est interdit ailleurs soit utilisé en Afrique. « Tout ce que nous utilisons n’a pas de règlementation africaine. Les réglementations sont américaines ou à l’échelle mondiale. Pour le glyphosate, il faut mener des études très poussées dans les pays africains pour rendre compte des effets aggravants de l’utilisation de ce produit sur la santé humaine et sur l’environnement », a-t-il dit.
« Je recommande aux autorités africaines d’interdire l’usage du glyphosate en attendant la réalisation des études scientifiques, qui vont réguler son utilisation. S’il faut l’utiliser, ce sont les études qui vont nous le dire, mais il faut qu’on se batte pour améliorer la recherche qui doit nous édifier sur l’usage des produits. Bien que l’herbicide glyphosate soit le plus couramment utilisé dans le monde, les effets de son exposition sur la santé humaine et l’environnement restent flous (…) », a dit Badiaga.
Une recommandation qui rejoint, en quelque sorte, celle d’Edward Rubin. « L’EPA américaine devrait réexaminer les preuves scientifiques qui étayent sa position selon laquelle le glyphosate ne présente aucun risque pour la santé humaine. Les données issues de nos travaux et de plusieurs études antérieures contredisent la position actuelle de l’EPA. Les gouvernements devraient mieux suivre quand, où et dans quelle proportion les pesticides sont appliqués. Sans ces informations, comment pouvons-nous savoir s’il existe ou non des risques pour la santé ? Les gouvernements devraient tenir compte des coûts sanitaires liés au glyphosate lorsqu’ils envisagent d’ouvrir leurs frontières aux cultures OGM ».
Malgré l’absence de documentation sur l’impact de l’exposition au glyphosate et aux OGM sur la santé prénatale au Cameroun, la prématurité représente un enjeu majeur de santé publique pour le pays. En 2023, selon les estimations du ministère de la Santé publique (Minsanté), le Cameroun enregistre, chaque année, environ 28 % des décès de nouveau-nés dus à des complications liées à la prématurité. La même source indique que trois naissances sur dix se soldent par un décès provoqué par les complications de la prématurité.
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