Saviez-vous qu’il a fallu 21 ans pour extraire un seul squelette de sa gangue de roche ? Entre découvertes fortuites et prouesses chirurgicales, voyagez avec nous dans les coulisses du Phillip V. Tobias Laboratory. Découvrez comment des espèces comme Australopithecus sediba ou Little Foot continuent de bouleverser les théories sur l’évolution humaine.
À l’Université du Witwatersrand (Wits), le laboratoire Phillip V. Tobias n’est pas qu’une salle de stockage. C’est un sanctuaire. En marge de la 13ᵉ Conférence mondiale des journalistes scientifiques à Pretoria, nous avons pénétré dans ce centre névralgique de la paléoanthropologie mondiale. Ici, plus de 3 500 fossiles racontent une histoire vieille de plusieurs millions d’années : la nôtre.
L’Enfant de Taung : la « Joconde » de la préhistoire
Tout bascule en 1924. Raymond Dart, un jeune anthropologue, reçoit un bloc de roche d’une carrière sud-africaine. Ce qu’il prend d’abord pour un crâne de babouin se révèle être un trésor : les restes d’un enfant d’environ cinq ans. À l’aide de simples aiguilles à coudre, Dart dégage un visage et un moulage naturel du cerveau (endocaste) qui stupéfient le monde.
En 1925, il nomme l’espèce : Australopithecus africanus. Surnommé « l’Enfant de Taung », ce fossile est à la paléontologie ce que la Joconde de Léonard de Vinci est à la peinture : une icône absolue. Si la communauté scientifique de l’époque a d’abord crié à l’imposture, ce crâne est aujourd’hui la preuve irréfutable que l’Afrique est le berceau de l’humanité. Un siècle plus tard, en février 2025, le South African Journal of Science célébrait encore l’impact de cette découverte sur notre compréhension du cerveau primitif.
Little Foot : 21 ans d’extraction « chirurgicale »
Si l’Enfant de Taung est une icône, Little Foot est un miracle de patience. Découvert en 1994 par Ronald J. Clarke à partir de quatre petits os de pied (d’où son surnom), ce squelette d’hominidé âgé de 3,67 millions d’années est l’un des plus complets au monde.
L’extraction fut un défi titanesque. Pendant 21 ans, Clarke a travaillé dans les grottes de Sterkfontein, dégageant les os de la roche avec la précision d’un neurochirurgien. Résultat : un squelette conservé à 90 %, éclipsant la célèbre Lucy (40 %). Little Foot révèle une anatomie fascinante, des mains quasi humaines et des jambes aptes à la marche, prouvant que nos ancêtres se tenaient debout bien plus tôt qu’on ne le pensait, tout en gardant une agilité arboricole.
Australopithecus sediba : le chaînon manquant ?
Le laboratoire abrite également une découverte plus récente mais tout aussi sismique : Australopithecus sediba. En 2008, Matthew Berger, 9 ans, découvre par hasard un os sur le site de Malapa. Son père, le célèbre Lee Berger, met alors au jour deux squelettes partiels d’une conservation exceptionnelle, datés de près de deux millions d’années.
Sediba (« source » en sesotho) est une véritable mosaïque évolutive. Avec son pelvis évolué et ses longues jambes de coureur, mais ses bras de grimpeur et son petit cerveau, il brouille les pistes. Pour de nombreux chercheurs, il pourrait s’agir d’un ancêtre direct d’ Homo erectus ou d’une transition clé vers le genre Homo.
Un laboratoire monde
« Environ 60 % des fossiles d’hominines proviennent d’Afrique de l’Est. Les 40 % restants se trouvent en Afrique du Sud, et la majorité est conservée ici », explique le Dr Bernhard Zipfel, conservateur des collections.
Loin d’une vision simpliste d’une lignée droite, ces fossiles nous rappellent une réalité complexe : plusieurs espèces d’hominines ont coexisté. Nous ne sommes pas l’aboutissement final d’une échelle, mais les survivants d’un buissonnement d’espèces qui, un jour, ont toutes appelé l’Afrique « la maison ».
••••••••••
Cet article a été écrit par Ruth Kutemba et validé pour publication par Mardochée Boli, directeur de publication de Sciences de chez Nous.
➤ Bien que nous ayons mis en place un processus éditorial robuste et bien rodé, nous ne sommes qu’humains. Si vous repérez des erreurs ou des coquilles dans nos productions, veuillez-nous en informer par courriel à l’adresse : correction@sciencesdecheznous.com.
Pour toutes autres préoccupations
Envoyez-nous un email