Fraude scientifique : dans les coulisses de la traque menée par Lonni Besançon

Alors que la fraude scientifique gangrène la crédibilité de la recherche mondiale, le chercheur français Lonni Besançon traque sans relâche les inconduites méthodologiques, essuyant de violentes représailles pour assainir un système de publication académique aujourd'hui à bout de souffle.

Trente-quatre. C’est le nombre d’articles scientifiques qui ont propulsé Lonni Besançon au cœur des débats mondiaux sur l’intégrité académique. Ce chercheur français, enseignant à l’Université de Linköping en Suède, s’est imposé comme l’un des plus grands traqueurs de fausses données. Ses révélations, notamment sur les dérives observées pendant la pandémie de Covid-19, ont fait trembler le monde de la recherche.

Mais cette quête de vérité a un prix. Lors de la 13ᵉ conférence mondiale des journalistes scientifiques à Pretoria, en décembre 2025, il s’est confié au cours d’une interview exclusive accordée à  Sciences de chez Nous. Le constat est rude. Les menaces pleuvent.

Si leur seule réaction, ce sont les menaces, c'est que nous avons peut-être touché quelque chose de sensible et qui en vaut la peine. Si nous creusons et que nous trouvons de l'or, nous continuons au même endroit.

« Les premières vraies menaces provenaient des gens qui soutenaient Didier Raoult, un scientifique qui avait mis en avant l’hydroxychloroquine pour le traitement du Covid », raconte-t-il. Face à ses révélations, certains confrères ripostent par la calomnie, signalant massivement ses propres articles comme frauduleux. Une pure vengeance chronophage. « J’ai perdu des journées de travail à justifier que mes articles écrits il y a dix ans étaient corrects », déplore le chercheur.

Pourtant, cette agressivité le conforte dans sa mission. « Si leur seule réaction, ce sont les menaces, c’est que nous avons peut-être touché quelque chose de sensible et qui en vaut la peine. Si nous creusons et que nous trouvons de l’or, nous continuons au même endroit. »

Un arsenal technologique contre la fraude

Sa méthode est clinique. Il dépersonnalise le débat pour se concentrer sur les données brutes. « Je vise des pratiques méthodologiques, pas des personnes », insiste-t-il. La fraude n’est jamais dénoncée à la légère, elle est minutieusement documentée.

Pour y parvenir, Lonni Besançon s’appuie sur un arsenal technologique implacable. Des logiciels spécialisés scrutent la littérature scientifique pour détecter les manipulations d’images. D’autres outils automatisés, comme le Problematic Paper Screener, repèrent les anomalies textuelles et les « expressions torturées » en quelques secondes. À cela s’ajoute un travail de fourmi manuel : vérification des statistiques, analyse de la fiabilité des revues et contrôle des affiliations universitaires des auteurs. Démonter une manipulation de données complexes peut exiger des mois d’investigation.

Changer le système par la « Slow Science »

Pour ce lanceur d’alerte, le problème n’est pas individuel, il est structurel. La pression du « publier ou périr » imposée par les universités pousse à la faute. L’enjeu est avant tout citoyen. La recherche est financée par l’argent public. Les erreurs majeures détournent de précieux financements vers de fausses pistes, au détriment direct de la santé des patients.

Pour minimiser ces dérives, le chercheur milite pour des solutions radicales. Il prône la « Slow Science », une approche qui invite à publier moins pour vérifier davantage. Il défend également l’adoption des rapports préenregistrés (Registered Reports). Ce protocole valide la méthode de recherche et le plan d’analyse par les pairs avant même le début de l’étude, empêchant ainsi toute manipulation ultérieure des résultats pour les rendre artificiellement spectaculaires.

Enfin, Lonni Besançon appelle à une alliance sacrée entre scientifiques et journalistes. Les reporters disposent de leviers d’investigation uniques, comme l’accès aux documents administratifs officiels. Ensemble, ils peuvent faire plier les maisons d’édition complaisantes. « La méthode scientifique fonctionne. Ce sont nos méthodes pour publier et évaluer la science qui doivent évoluer », conclut-il, rappelant l’urgence de ne plus consommer aveuglément les articles académiques comme des vérités absolues.

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Cet article a été écrit par Ruth Kutemba , édité et validé pour publication par Mardochée Boli, directeur de publication de Sciences de chez Nous.

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