Lors des inondations meurtrières qui ont frappé Valence, en Espagne, et fait plus de 200 morts, de nombreux habitants se sont retrouvés sans électricité, sans Internet ni réseau téléphonique. Dans certains secteurs sinistrés, un appareil presque oublié continuait à fonctionner : la radio à piles.
Selon la journaliste espagnole Núria Jar, cette expérience lui a rappelé une réalité trop souvent oubliée à l’heure numérique : en cas de catastrophe ou d’urgence sanitaire, la radio reste l’un des moyens les plus fiables de transmettre les informations essentielles et de communiquer les risques à la population.
Cette question était au centre d’un panel sur « l’importance de la radio dans la communication des risques », organisé à l’occasion de la 13e Conférence mondiale des journalistes scientifiques (WCSJ), qui s’est tenue à Pretoria, en Afrique du Sud, du 1er au 5 décembre 2025.
Aujourd’hui, dans un contexte de catastrophes climatiques, de crises sanitaires et de désinformation, plusieurs intervenants ont défendu le rôle particulier de la radio quand informer devient aussi une manière de protéger des vies.
Une technologie ancienne, mais toujours résistante
Journaliste pour Catalunya Ràdio et professeure à l’Université Pompeu Fabra, Núria Jar revient sur deux faits qui ont ému l’Espagne : les crues meurtrières survenues à Valence en octobre 2024 et le blackout national davril 2025 qui s’est produit quelques mois plus tard.
Dans les deux cas, explique-t-elle, les infrastructures numériques ont montré leur vulnérabilité. Une partie de la population s’est retrouvée sans électricité ni connexion Internet, coupée des plateformes numériques et des réseaux sociaux.
La radio analogique, quant à elle, continuait de fonctionner
« On parle beaucoup d’innovation, mais certaines technologies simples demeurent indispensables », a-t-elle expliqué lors du panel.
Cette réalité n’échappe pas à plusieurs journalistes scientifiques présents à Pretoria, notamment dans de nombreuses régions africaines où la radio reste le média le plus accessible, en particulier dans les zones rurales ou à faible couverture Internet.
La radio face à la désinformation sanitaire
L’expérience relatée par la journaliste scientifique mexicaine Aleida Rueda est celle de la lutte contre la désinformation autour des vaccins durant la pandémie de COVID-19.
Face à la circulation massive de fausses informations sur les réseaux sociaux, son équipe a développé des contenus basés sur des preuves scientifiques pour toucher les populations éloignées des plateformes numériques.
Le projet a fait appel à des radios communautaires et à des traducteurs vers des langues autochtones pour traduire les messages scientifiques dans un langage qui corresponde aux réalités locales et ainsi relever le défi.
« Traduire n’est pas suffisant. « Il faut contextualiser, donner du sens et parler depuis la réalité que vivent les communautés », a expliqué Aleida Rueda.
Pour les acteurs interrogés, la communication du risque ne se résume pas à la transmission de faits scientifiques. Elle entend également établir un climat de confiance avec les populations afin qu’elles soient en mesure de prendre des décisions éclairées face aux crises sanitaires ou environnementales.
Un défi important pour le journalisme scientifique
À une époque où les plateformes numériques contrôlent l’accès à l’information, de nombreux spécialistes soulignent que la radio conserve des atouts spécifiques : elle demeure abordable, disponible dans les langues locales et opérationnelle même lorsque les infrastructures numériques tombent en panne.
Elle peut, dans certaines situations d’urgence, être le dernier lien entre l’information scientifique et les populations.
Le panel était composé notamment de Núria Jar, journaliste pour Catalunya Ràdio en Espagne, Aleida Rueda, journaliste scientifique mexicaine et collaboratrice de SciDev.Net, et de Bernard Okebe, journaliste radio kényan spécialisé dans la communication des risques environnementaux.
La session était animée par Léonor Sierra, de l’initiative Risk Know-How /Sense About Science, basée aux États-Unis.
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Cet article a été écrit par Ruth Kutemba , édité et validé pour publication par Mardochée Boli, directeur de publication de Sciences de chez Nous.
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